Les origines du nom

Clarus Mons, montagne célèbre : Clermont doit son nom au promontoire escarpé qui domine le bourg et que l’on appelle communément aujourd’hui le « Plateau de Sainte-Anne ». Site défensif remarquable sur lequel s’élevait un château, la ville de Clermont, par sa situation géographique aux portes du royaume de France après le Traité de Verdun (843), s’est vue associée durant des siècles aux événements de l’histoire régionale, puis nationale. Une longue partie de celle-ci est liée aux querelles qui mettent longtemps aux prises, lors de la délimitation des frontières, non seulement ses voisins immédiats, les évêques de Verdun, les comtes de Champagne et de Bar, voire les ducs de Lorraine, mais aussi le royaume de France et l’Empire.

L’histoire d’une forteresse

Une période d’instabilité aux XIe et XIIe siècles

A une époque où le brigandage sévit constamment dans cette région de l’Argonne forestière, les seigneurs particuliers de Clermont qui ont fait construire le premier château-fort se livrent au pillage et ravagent les terres de l’évêché de Verdun. En représailles, la forteresse est plusieurs fois assiégée. C’est ainsi que l’évêque Thierry le Grand vient en personne la faire capituler en 1049, tout comme l’empereur germanique Henri V en 1107. Dans une ville laissée sans défense, le comte de Bar  Renaud Ier, allié de l’évêque, installe une garnison. Aussitôt, le comte Henri de Grandpré attaque Clermont, s’en rend maître et brûle le château. En 1134, le nouvel évêque de Verdun Albéron de Chiny, en renonciation de son avouerie, cède à Renaud la seigneurie de Clermont. Cette date marque le début de l’occupation de cette région par la Maison de Bar. Albert PICHOT, seigneur brigand de Sainte-Menehould, en épousant la comtesse de Clermont, a acquis des droits sur le bourg. En 1177,  châtelain de Clermont pour le duc de Bar Henri 1er, il en profite pour y installer son fils Raoul. Mais en 1212, le comte de Bar Thiébaut 1er, craignant l’extension du domaine champenois vers Clermont, obtient par la menace mais aussi par l’argent le départ de Raoul en lui accordant Chaumont-sur-Aire. La longue période d’instabilité s’achève.

 

La période barroise

A partir de 1214, le comte de Bar Henri II fait reconstruire le château. Un puissant donjon est élevé sur la pointe est du promontoire, séparé du reste de la forteresse par un profond fossé. Il fonde en 1217 le prieuré de Beauchamp. L’église de la forteresse, dédiée à Notre-Dame, est élevée en 1338.

Alors que la Maison de Bar consolide sa domination sur Clermont, l’influence française commence à se faire sentir. C’est Yolande de Flandres, veuve du comte de Bar Henri IV décédé en 1344, qui provoque la première occupation de Clermont par la France. Pour avoir incendié Auzéville en 1358 et fait noyer des envoyés de l’évêché de Verdun qui venaient demander réparation, puis fait arrêter son petit-fils Henri qui était sous la protection du roi de France Charles V, ce dernier la fait capturer le 25 avril 1371 et enfermer dans la tour du Temple à Paris. Son évasion provoque l’occupation temporaire de Clermont par les troupes françaises. De nouveau arrêtée et incarcérée, elle est libérée le 26 octobre 1373 après paiement d’une rançon puis remise en possession de ses biens 5 ans plus tard. Elle administre ensuite paisiblement Clermont et fonde en 1394 dans l’église castrale une chapelle expiatoire dédiée à Sainte-Anne. Son fils Robert lui succède et continue à renforcer les défenses de Clermont pour protéger la ville des bandes de pillards qui ravagent les campagnes durant la guerre de Cents Ans. Il trouve les habitants dans un tel état de pauvreté qu’il les exonère de toute servitude pendant 10 années. Les malheurs des Clermontois n’en sont pas finis pour autant : quand René 1er, duc de Bar et héritier de Clermont, est vaincu et fait prisonnier à Bulgnéville en 1431 par les troupes bourguignonnes, il doit accepter jusqu’en 1445 l’occupation de la forteresse argonnaise par son vainqueur le duc Philippe le Bon. A sa mort en 1480, les possessions de la Maison de Bar échoient à sa fille Iolande d’Anjou puis en 1483 à son petit-fils René II de Vaudémont, duc de Lorraine qui a vaincu Charles le Téméraire en 1477. Clermont va vivre sa période dite lorraine.

 

 

La période lorraine

Dès le début de son règne, le duc René II prend acte de l’état de pauvreté des habitants de Clermont et Vraincourt dont la population a considérablement baissé et il diminue les taxes qui leur sont imposées dans ses lettres patentes de 1484. Son fils Antoine dit le Bon qui lui succède voit alors à nouveau monter les prétentions de la France sur Clermont, sur fond de rivalité entre le roi François Ier et l’empereur Charles Quint. Ainsi, le procès de Claude de la Vallée (1536), ancien prévôt de la ville qui a fait appel de sa condamnation auprès du Parlement de Paris, est l’occasion pour le royaume d’intervenir en le réhabilitant. En 1552, le roi de France Henri II forme une ligue contre Charles-Quint et occupe les villes impériales de Metz, Toul et Verdun sous prétexte d’assurer leur indépendance vis-à-vis de l’Empire. La Lorraine est occupée, les troupes françaises restent à Clermont jusqu’en juin 1556. Le jeune duc de Lorraine Charles III, comme ses prédécesseurs, ne manque jamais d’affirmer sa souveraineté sur la Châtellenie de Clermont mais son successeur le duc Charles IV, en se rapprochant de l’Empire, va fournir à Richelieu le prétexte de s’emparer de ce territoire contesté depuis si longtemps : en 1632, la puissante armée de Louis XIII envahit la Lorraine et s’empare des places les plus importantes. Charles IV doit signer le traité de Liverdun le 26 juin 1632 : Louis XIII se retire des places occupées, excepté de Clermont qui lui est cédée. Clermont est devenue française, la cession est confirmée par le traité de Paris le 2 avril 1641.

 

La ville fortifiée et le château de Clermont, fin XVe siècle. La place forte est entourée d’étangs qui forment des défenses naturelles. On pénètre dans la ville par la Porte de Verdun ou la Porte des Bois.

La période française, l’époque des Condé

En décembre 1648, le Clermontois, une principauté de 83 communautés, est cédé en apanage à Louis II de Bourbon, prince de Condé, cousin de Louis XIV. Mazarin cherche à se concilier au début de la Fronde le vainqueur de Rocroi (1643) qui a mis fin à l’invincibilité des Espagnols. Mais Condé prend parti contre le cardinal qui le fait emprisonner. Devant l’union des Frondes et les protestations générales, Mazarin doit le faire libérer et s’exiler. Condé prend la tête de la Fronde des princes et s’allie aux Espagnols le 26 février 1651. En révolte ouverte contre le jeune roi, il s’empare de plusieurs villes dont Sainte-Ménehould ; il est déchu de ses dignités et gouvernements. Louis XIV, rentré dans la capitale en vainqueur de la Fronde parisienne, est bien décidé, avec l’aide Mazarin de retour aux affaires, à en finir : il vient en Argonne assister au siège de  Sainte-Ménehould qui capitule le 25 novembre 1653 et charge le cardinal d’enlever à Condé les places de Stenay et Clermont. Un arrêté du 27 mars 1754 condamne à mort Condé qui est battu une nouvelle fois par les troupes royales de Turenne à Arras.

Le siège de Clermont est confié au marquis d’Uxelles, le plus ancien général de l’armée du roi ; il est sous l’autorité du maréchal de la Ferté-Senneterre qui ne rejoint Clermont que le 26 octobre. Les fortifications ont été entièrement modernisées en 1652, très probablement par Vauban qui était alors au service de Condé dans le camp des frondeurs avant d’être fait prisonnier début 1653 et de changer de camp. Les bastions avec des demi-lunes ont remplacé le vieux donjon et les tours du Moyen Âge.

Le blocus de la place-forte s’achève le 14 septembre 1654 et avec l’arrivée de nouveaux renforts, c’est une armée de 25 000 hommes qui participe au siège, empêchant les troupes ennemies massées près de Montmédy de venir secourir la ville. La petite garnison en partie espagnole qui la défend, commandée par le comte de Melle, ne compte guère plus de 400 hommes qui manquent d’eau et de vivres, situation connue des assiégeants qui avaient capturé des déserteurs irlandais et français. Le 20 octobre au lever du jour, les troupes qui participent au siège s’approchent des fortifications en attendant de nouveaux renforts, des pièces d’artillerie et des munitions.

Les premières attaques ont lieu le 5 novembre, l’une du côté des bois sur la corne de Beauchamp et la demi-lune des paniers qui la protège ainsi que sur la Porte, l’autre du côté du bourg pour prendre le fort de l’église en canonnant les bastions Saint-Jean et Notre-Dame.

Dans le même temps, le marquis d’Uxelles fait ouvrir deux tranchées qui vont permettre d’installer quelques jours plus tard deux mineurs, un pour aller sous le bastion de la Porte, l’autre sous le bastion Saint-Jean. Les opérations sont un succès. La guerre des mines et contre-mines commence alors à la mi-novembre et elle va avoir raison de la défense acharnée des défenseurs. Elles sont prêtes à être mises à feu le 22 novembre. La plus importante, la « Royale », a une profondeur d’environ 80 m ; elle est chargée de 20 000 livres de poudre.

Avant de les faire sauter, le maréchal de la Ferté demande aux assiégés d’envoyer une délégation pour montrer ce qu’on leur avait préparé. Elle est commandée par Caron, capitaine au régiment de Bourgogne auquel on remet l’acte de capitulation signé par la Ferté. La vue de ces mines a l’effet escompté : le 23 novembre à 8 heures, l’acte de capitulation est signé par de Sourilles, le commandant des troupes espagnoles et le lendemain, les assiégés sortent et se rendent sans les honneurs, le bâton blanc à la main. Ils n’ont pas été autorisés à conserver leurs armes. Ils sont reconduits sous escorte à Montmédy.

Clermont a vécu son dernier siège et Mazarin ordonne le rasement des fortifications. A cet effet, Louis XIV demande le 27 février 1655 aux magistrats de Verdun de réquisitionner des travailleurs et il désigne le chevalier de Clerville à la direction des démolitions. Assisté de Vauban, il avait mené le siège du côté de la Porte. Les travaux débutent en 1655 et durent une quinzaine d’années. Cependant, un mémoire de 1689 sur l’état de la démolition recommande de continuer « combler les fossés de ce château qui était autrefois considérable et que cette grande hauteur est naturellement  fortifiée d’elle-même qu’en peu de temps une armée pourrait s’y retrancher. »

Le traité des Pyrénées signé le 7 novembre 1659 entre Louis XIV et Philippe IV d’Espagne formalise la paix conclue entre les deux pays à l’issue d’une partie de la guerre de Trente Ans. Un article stipule que le Grand Condé est remis en possession de ses droits antérieurs à la révolte. Il sollicite auprès du roi son absolution le 18 novembre 1660 et récupère le Clermontois que ses descendants conservent jusqu’à la Révolution. Clermont sort de la Fronde et du siège de sa forteresse aux deux tiers ruinée. Près de la moitié des maisons a été détruite ou endommagée et de nombreux habitants ont quitté la ville.